Un cyclone d’intensité moyenne, baptisé Fytia, beaucoup de pluies, des vents forts, a balayé la région de Majunga le samedi 31 janvier. Les « bas » quartiers de la ville ont été inondés, 9 morts, des milliers de sinistrés, beaucoup de toitures envolées. L’association a actuellement 21 familles bénéficiaires. Nous avons décidé, en urgence, de donner 25 kilos de riz à chaque famille, participant ainsi à la solidarité nécessaire. Un second cyclone plus violent, Gezani, frappe ce soir (mardi 10 février) la côte est, particulièrement la ville et la région de Tamatave, seconde ville du pays. Des rafales de vent à plus de 250 km/h sont redoutées.
Enfant mort né
Une réalité qui nous a beaucoup interpellés … C’est une maman de deux enfants bénéficiaires de l’association. Elle vient d’accoucher à l’Hôpital Public. Le bébé est mort né. Beaucoup de familles malgaches considèrent l’enfant mort né comme un être inachevé qui n’a le droit ni une sépulture, ni un enterrement. Le bébé est souvent simplement déposé et abandonné auprès d’une rivière ou en bord de mer. Malgré l'absence de rituels funéraires formels, le deuil des parents, particulièrement celui de la mère, est souvent étouffé, la société minimisant la souffrance liée à ces pertes.
L’employeur de la maman, un particulier où elle travaille comme ménagère, a fait l’avance des dépenses liées à l’hôpital, à hauteur de 200 000 ar (40 euros). La maman va ainsi travailler bénévolement en février et mars. Son salaire mensuel est de 100 000 ar (20 euros). L’association lui a donné 100 000 ar et 25 kilos de riz (valeur 18 euros).
Maladies et compétence des médecins
Nous sommes confrontés actuellement (saison des pluies particulièrement intense) à trois maladies très répandues : le Mpox (appelée aussi la variole du singe), la dengue et le chikungunya. Myriam et moi-même avons eu le chikungunya. Chez nos très proches, 5 malades. Parmi les bénéficiaires, 4 sont malades à ce jour. Bref, nous commençons, sans le vouloir et sans aucune prétention, à bien repérer les symptômes réciproques de chacune des trois maladies. Nous constatons des erreurs manifestes de diagnostics de plusieurs médecins. C’est très alarmant sur le niveau des compétences médicales à Majunga. Fort heureusement, ces maladies, sauf parfois le Mpox, ne sont pas très dangereuses et les traitements sont essentiellement symptomatiques.
La Mpox est contagieuse alors que la dengue et le chikungunya se transmettent uniquement par les moustiques
Réunion des bénéficiaires
Myriam et Georginnot ont réuni les bénéficiaires scolarisés samedi 7 février. Plusieurs écoles pratiquent toujours des punitions humiliantes, du genre « marche en canard » autour de la cour, par exemple pour des retards alors que nous sommes en saison des pluies et que les quartiers d’habitat des bénéficiaires sont très régulièrement inondés. Nous avons demandé aux familles de participer aux petits frais demandés en cours d’année (exemple les photocopies). Cela est source de tensions : « C’est à vous de payer » disent certains bénéficiaires. Nous avons décidé d’acheter des dictionnaires. Plusieurs jeunes demandent à l’association d’organiser des cours de soutien, notamment en français. Nous voulons bien, malgré une grosse ambiguïté : les bénéficiaires, phénomène classique auquel nous sommes habitués, pensent qu’une heure de soutien au français par semaine sur quelques mois va les faire progresser de façon décisive, ce qui est illusoire.
Nouvelles des apprentis
Nos 4 apprentis poursuivent leur parcours, deux garçons réparant des « Bajaj » (tricycles à moteur) et deux filles en couture.
Un des garçons envisage de conduire une bajaj au terme de son apprentissage. Nous estimons cela cohérent et nous allons lui financer le permis de conduire (même si, à Majunga, beaucoup de chauffeurs de bajaj conduisent sans le permis, pourtant obligatoire).
Les filles terminent la phase de formation à l’association Marojatovo et rejoignent un atelier de confection avec une certaine confiance. Elles disent vouloir continuer à apprendre.
Dans les écoles
Certains bénéficiaires ont de très bons résultats. Ainsi Sabatin, 15 ans, en classe de seconde au Lycée Philibert Tsirarana. Il a eu 16 de moyenne au premier trimestre de l’année. Mais cela ne le satisfait pas vraiment : « Je veux avoir une moyenne de 19 ». La moitié des bénéficiaires n’obtiennent cependant pas la moyenne.
Antonio, scolarisé au Lycée FJKM (église protestante). Un de ses professeurs lui a reproché d’avoir bavardé en classe. Antonio a protesté : « Ce n’est pas moi, Monsieur ». Il a dit cela devant toute la classe, contestant ainsi l’appréciation du professeur. L’incident lui a valu une convocation devant le conseil de discipline de l’établissement. Antonio a écopé d’un avertissement, inscrit à son dossier scolaire.