Madagascar, un pays complexe et passionnant
 
L'objectif de cette page est de présenter rapidement Madagascar. Exercice présomptueux car le pays est complexe. Madagascar présente une identité forte, synthèse particulière des influences asiatiques, africaines, arabes et européennes. Classé 151 ème dans l'échelle de l'indice du développement humain, le pays est pauvre, malgré des richesses naturelles très importantes. Une petite minorité à la richesse parfois insolente, une grande majorité qui peine à survivre : 71 % des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté (1 $ par jour).

Madagascar a été colonisé par la France de 1896 à 1960.
Les Malgaches ont servi dans l’armée française lors des deux guerres mondiales.
La colonisation s’est accompagnée d’une implantation des églises chrétiennes.

Facettes contradictoires de la colonisation :
- Pillage des ressources (bois, vanille, riz, pierres précieuses),
- Constructions d’infrastructures.
 
 
« On ne peut pas vivre normalement le présent sans aborder entre Malgaches et Français, cette question de 1947 ».
Jean-Luc Raharimanana, écrivain, auteur de «Madagascar 1947»,
à l'origine de l'exposition «47, Portraits d’insurgés»

Après la seconde guerre mondiale, Le MDRM (Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache) mène la lutte pour l’indépendance et obtient les 3 sièges de députés de Madagascar en 1946 à l’assemblée constituante.
La France refuse toute négociation et la révolte éclate début 1947, surtout à l'est du pays.

La répression est féroce. La France envoie un corps expéditionnaire, principalement constitué de soldats africains : de 30 000 à 90 000 morts (surtout de faim et de maladie).
Des militants MDRM, coincés dans un train à Moramanga, sont assassinés. Des suspects sont jetés vivants d’avions pour terroriser la population ...
 
Les Malgaches étaient 5 millions à l'indépendance en 1960. Il sont aujourd'hui 23 millions. Le produit intérieur brut du pays est de 450 dollars par an et par habitant. Les devises proviennent de l'aide internationale, de la vanille, du girofle, de la pêche, des crevettes, des extractions minières, du tourisme et du textile.
Le riz est l'aliment de base. Jadis exportateur, Madagascar importe aujourd'hui du riz. La production a baissé : 237 kg par habitant en 1970, 179 kg en 2004. La surface moyenne d'une parcelle est de 20 ares, celle d'une exploitation de 1,5 ha.
Il y a 20 millions de zébus à Madagascar. C'est un signe extérieur de richesse. Le zébu sert pour la dot. Il est sacrifié pour assurer la cohésion sociale, pour apaiser les ancêtres ou pour honorer les défunts.
Les Canadiens, les Chinois et les Français exploitent d'importantes entreprises d'extractions minières : Sherrit pour le nickel et le cobalt, Rio Tinto pour l'ilménite et le zircon, Total pour les sables bitumeux.
 
 
Jusqu'en 2009, 150 entreprises, essentiellement textiles, ont employé jusqu'à 150 000 salariés. La concurrence chinoise et le retrait du bénéfice de l'AGOA (droit d'exporter sans taxes vers les USA) ont sinistré ce secteur économique.
Toutes les pierres précieuses se trouvent à Madagascar : le pays extrait 15 % du saphir mondial, 10 % du rubis ... Secteur surtout informel faisant le profit des trafiquants thailandais et chinois.
Malgré un grand potentiel, le tourisme demeure balbutiant (moins de 200 000 visiteurs par an), à cause du coût du transport, du manque d'infrastructures, de la corruption, de l'insécurité.
Madagascar présente une biodiversité d'une richesse unique au monde : 12 000 variétés de plantes répertoriées, plus de 1 000 espèces d'orchidées ...
80 % des forêts ont aujourd'hui disparu : feux de brousse, utilisation du bois pour la cuisson, exportations illicites. L'érosion qui en découle détruit peu à peu la richesse de la nature. Madagascar, l'île rouge qui saigne.
 
Le peuple malgache est composé de 18 ethnies principales, ayant des rites et coutumes spécifiques. L'unification du pays s'est faite par la guerre, remportée par les merinas, ethnie de la région de Tananarive, la capitale. Le sentiment d'appartenance à son ethnie d'origine demeure un paramètre important de la vie sociale qui est faite d'un certain communautarisme. L'unité du pays est consolidé par la langue commune, le caractère insulaire, une certaine fierté nationale.
Les Indiens - appelés les Karanas - tiennent une bonne part du commerce. Les Chinois sont implantés sur la côte est. 30 000 Français - appelés les Vazahas - habitent Madagascar, dont beaucoup de bi-nationaux. Les termes "Karanas" et "Vazahas" ne sont pas péjoratifs.
Les Indiens sont peu intégrés. Ils sont le plus souvent musulmans et vivent en communauté. Les Français sont parfois intégrés et solidaires, parfois méprisants.
 
La culture malgache, très riche, est marquée par le Fihavanana (l'harmonie) qui est un ensemble de valeurs de solidarité qui lie l'homme à ses semblables et à son environnement : respect de l'autre, solidarité, recherche du consensus. Mais le Fihavanana, c'est aussi le conformisme, la loi du silence, le refus du conflit. Les valeurs positives du Fihavanana sont aujourd'hui mises à mal par l'extrême pauvreté et la crise sociale et politique.

Autres traits culturels :
- les Fady, ensemble d'interdits et de tabous imposés par les razanas (ancêtres divinisés), variables d'une région à l'autre.
- le culte des morts. Les ancêtres décédés communiquent avec les vivants par les rêves, les rites de possession, les devins. Obtenir la protection des morts est important. Coutume la plus connue : le Famadihana (retournement des morts).
 
Les religions sont très présentes à Madagascar : catholiques (42 %), protestants (42 %), musulmans (10 %). Il est bien rare de rencontrer un Malgache athée ou agnostique.

Les premiers missionnaires furent des protestants. L'implantation géographique de chaque religion est inégale : Fianarantsoa plutôt catholique, Tananarive plutôt protestant ... Les religions chrétiennes intègrent les rites animistes (par exemple le retournement des morts). Les sectes prospèrent.

Le conseil des églises chrétiennes a une influence politique significative. Religion et politique s'entremêlent parfois de façon surprenante. Marc Ravalomanana, président entre 2002 et 2009, voulait faire de Madagascar une théocratie. Pour autant, la religion impacte peu la vie quotidienne.
 
L'école est obligatoire à Madagascar entre 7 et 14 ans, selon la constitution. Cependant, aucune loi n'a prévu de sanctions en cas de non-respect.

Le taux de scolarisation officiel est assez important à 7 ans : 78 %. C'est, hélas, la seule statistique positive en ce domaine : seuls 26 % des élèves terminent le cycle primaire, 14 % accèdent au collège, 8 % au lycée, 2 % ont le baccalauréat.

Les enseignants sont mal payés (environ 60 €, parfois beaucoup moins), les locaux délabrés, le matériel manquant, la motivation absente ... Le niveau scolaire s'est peu à peu dégradé. La corruption a envahi l'espace scolaire.

Enseignement public, en principe gratuit, et enseignement privé, payant, cohabitent, reproduisant les fractures sociales au sein de l'école.
 
Malgré un ensemble de textes de lois et l'intervention de nombreux organismes divers, les droits de l'enfant ne progressent pas à Madagascar.

On y dénombre 2 millions d'enfants travailleurs (ménagère, gardien de zébu, tailleur de pierres, porteur d'eau, gardien de voitures, travaux dans les champs ...). La maltraitance est courante, la prostitution des mineurs une pratique parfois encouragée par les adultes.

Dans la tradition malgache, l'enfant doit avant tout respecter les adultes. Il n'a pas beaucoup le droit à la parole. Il est encore moins incité à développer sa personnalité. Faire des enfants (en grand nombre), c'est assurer ses vieux jours, dans un pays où la retraite est dérisoire et où l'enfant doit assistance à ses parents.

Pesanteurs d'une société qui valorise les anciens au détriment de ses enfants.
 
Elu en 2002, dans un contexte de crise qui faillit dégénérer en guerre civile, Marc Ravalomanana mena une politique très libérale, se rapprochant des Etats-Unis.

Il plaça les membres de son parti et de son entourage à tous les postes-clés. Sa propre entreprise, Tiko, devint vite dominante au niveau économique. Dérive autoritaire, hausse des prix et abus de pouvoir provoquèrent la révolte, personnalisée par Andry Rajoelina, élu maire de Tananarive en 2007.

La tension culmina le 7 février 2009 lorsque la garde présidentielle tira sur la foule des manifestants faisant plus de 30 morts.

Le 17 mars 2009, l'armée bascula et Andry Rajoelina prit le pouvoir, ouvrant alors une période de transition qui a duré près de cinq ans.
 
Les élections présidentielles, après de nombreux reports, se sont tenues fin 2013. Il y eut 33 candidats retenus pour le premier tour (Madagascar compte plus de 240 partis politiques régulièrement déclarés).
Hery Rajaonarimampianina, soutenu par Andry Rajoelina, a été élu. Officialisé dans la fonction le 25 janvier 2014,à peine élu, le nouveau président a pris ses distances avec ses soutiens originels. A ce jour, la vie politique malgache demeure très confuse, aucune opposition notable ne s'exprimant en tant que telle, les politiciens étant surtout occupés à trouver des postes rémunérateurs (les "sezas"). 
L'aide internationale (40 % du budget de l'état), suspendue depuis 2009, a partiellement repris. Cependant, les investisseurs économiques n'ont pas suivi. Tous les indicateurs sont au rouge : insécurité, corruption, inflation, dégradation de l'environnement, ...
Revenu au pays, Marc Ravalomanana reprend peu à peu ses activités économiques et tisse sa toile politique. Son épouse est désormais maire de Tananarive. 



 
 
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